Montreuil sur Lozon

Photographies CAOA - François - Ecritoire

 

 

 

Il fut un temps où l’Ingourie apparaissait aux regards dans un cadre boisé et ombragé qui donnait à cette petite agglomération un aspect pittoresque des plus intéressants.C’était à l’époque de la grandeur du château et ce cadre n’était autre que celui que formait cette demeure avec tout ce qui en constituait l’ensemble. De magnifiques avenues bordées respectivement de chênes et de hêtres y donnaient accès. Un gracieux parc, bien dessiné, agrémenté d’un étang et plantés d’arbres et d’arbustes d’essences rares servait de décor à cette belle propriété, y ménageant de jolis sous-bois et se continuait vers le nord par un grand bois qui était à ce qu’on croit un reste de l’ancien massif forestier de notre pays.

 

L’ancienne chapelle du château, devenue depuis longtemps l’église paroissiale, avait sa place marquée dans ce parc enchanteur dont la tranquilité cadrait heureusement avec le recueillement et le silence du Saint Lieu. Il faut d’ailleurs avouer qu’elle n’a eu qu’à se louer de cette situation; les archives du Montreuil actuel sont là pour attester que la famille Bellefonds a été l’insigne bienfaitrice de l’église tout au long de son séjour à Montreuil.

Les châtelains s’intéressaient encore vivement non seulement à leurs serviteurs et à leurs fermiers, mais aussi à la vie de la population de Montreuil dont ils soulageaient la misère venant en aide aux familles nombreuses, donnant du travail aux ouvriers, distribuant généreusement secours et aumônes aux malheureux et à tous ceux qui étaient dans le besoin. Le château était, on peut le dire, la demeure de la bienfaitrice sous toutes ses formes.

Un jour vint pourtant où commença le déclin de cette grandeur. Ce fut le jour où les châtelains quittèrent leur demeure de Montreuil pour aller s’établir dans leur propriété de Cavigny. A dater de ce jour, le château ne fut plus habité que par un garde et devint une petite ferme, ce qu’il n’a cessé d’être depuis, sauf le temps où il servit de presbytère dans les premières années du vingtième siècle. L’éloignement des maîtres fut préjudiciable à l’entretien de cette propriété. De cet état de choses les belles avenues furent les premières victimes ; les arbres en furent coupés, puis ce fut le tour du bosquet de sapins qui était en bordure de la route de Lozon. Des coupes sombres furent faites également dans le parc, si bien qu’en 1924, le château n’était plus qu’une demeure dépouillée de tout ce qui en faisait auparavant la beauté.

 

Le château lui-même n’avait pas été épargné : salles et salons avaient vu disparaître les magnifiques boiseries de style qui en étaient le plus bel ornement. Mais le château, même diminué, était toujours debout avec son beau massif de rhododendrons aux fleurs violettes.

 

La guerre a passé : la mitraille et le feu se sont acharnés sur ces glorieux restes. Le château a été rasé de fond en comble et il ne reste plus que le colombier et les communs, pauvres débris d’un grand passé ! Quant à l’église, elle a échappé de justesse à la ruine, mais Dieu n’a pas permis que disparaisse le Sanctuaire de le Vierge dont  le crédit et le culte sont toujours actuels. Réparée sans retard et rajeunie par les travaux de la Reconstruction, notre église a commencé une nouvelle période de sa déjà longue existence et se prépare à recevoir en 1951 les paroissiens de Montreuil qui viendront suivre les exercices de la Mission et gagner l’Indulgence du Jubilé.  

   

             

JL   Images du passé - Bulletin paroissial de Saint Louet sur Lozon et Montreuil - avril 1950 

Article lisible aux Archives Départementales de la Manche